Marie-Brigitte Duvernoy Accordeur-restaurateur de pianos Expert Boisselot Présidente de l’association “ Boisselot & Fils, Marseille ”
3 avenue Bardi 06100 NICE Tous droits réservés
HISTOIRE D’UNE MANUFACTURE MARSEILLAISE : “ Boisselot & Fils, l’élégance et la convivialité, inventeur de la pédale tonale ” ã
La maison Boisselot & Fils de Marseille contribua à la renommée de la facture française de piano en se hissant au rang des premières marques nationales. Les trois générations de cette manufacture se distinguèrent par leur génie inventif et l’organisation du travail, aussi bien que par leur dévouement au service des artistes, de la musique et de sa diffusion. Ils conçurent quelques inventions qui seront pérennisées .
Jean-Louis Boisselot naquit en 1782 à Montpellier dans une famille de facteurs d’instruments de musique. Il aura quatre enfants élevés dans l’amour de la musique qu’il communique à ses deux aînés Louis Constantin né en 1809 et Dominique François Xavier en 1811. Il se rend régulièrement en tournée dans les principales villes du sud et à la foire de Beaucaire, où il apporte les nouveautés de Paris (mandolines, flûtes, partitions).
Editeur de musique, il a l’occasion de rencontrer à Marseille le jeune Frantz Liszt âgé de quinze ans qui deviendra un grand ami de la famille.
Jean-Louis Boisselot expose les premiers pianofortes dans son comptoir de Marseille dès 1824 et s’y installe définitivement en 1826. L’engouement pour cet instrument est à cette époque comparable à celui pour l’ordinateur de nos jours. Nombreux sont les artisans qui voient dans le piano l’occasion de faire fortune. Jean-Louis Boisselot commence la production vers 1830, avec son fils aîné Louis Constantin nommé Directeur gérant de la Société Boisselot & Fils ( acte notarié de 1841)¨
Jean-Louis Boisselot à l’instar des grands facteurs parisiens conçoit son propre style tout en se consacrant à des recherches dans la construction et l’amélioration des performances de l’instrument.
En dix ans, leur production passe de 20 à 300 unités par an et le nombre de leurs ouvriers de 2 à 70. Au départ, ils fabriquent en majorité des pianos carrés petits et grands patrons et les aménageront rapidement avec leur systèmes propres : étouffoirs individuels et pédale forte double. Leurs pianos droits et queues allient esthétique et technique.
En premier lieu leurs efforts se portent sur le mécanisme puis la réduction du piano à queue, faisant déjà preuve d’avant-gardisme. Ils aménagent, dès 1839, le système de platine individuelle qui permet de démonter aisément les marteaux, et consolident le barrage par des tenons en fer placés sous le piano .
Ils mettent au point le procédé pour piano à sons soutenus (pédale tonale) qui tient levé les étouffoirs indépendants les uns des autres et le présentent en août 1844 à Paris. Avec un simple bec situé sous chaque étouffoir, les notes jouées restaient en vibration le temps que le pied reste appuyé sur la pédale. IL était possible de faire résonner en harmonie les accords tout en détachant le phrasé de la mélodie. En effet, l’emploi de la pédale forte qui lève tous les étouffoirs ensemble apporte une prolongation de tous les sons à tel point qu’il n’y avait dans certains passages une confusion des harmoniques. D’une simplicité extrême, cet aménagement eu beaucoup d’effet, et nombreux sont les facteurs qui ont ensuite tenté de trouvé mieux et d’une façon différente. Mais en fin de compte c’est le principe mis au point par Boisselot & Fils qui est utilisé de nos jours par toutes les grandes marques sur les pianos à queue sous le nom de pédale tonale.
Ils modifient encore le plan de leur piano à queue de concert, ils expérimentent le capodastre sur toute la largeur du piano, et modifient le diamètre des cordes basses.
Cette année là voit le triomphe de la firme Boisselot qui obtient une médaille d’or à l’exposition de Paris, pendant que Frantz Liszt joue sur ses pianos de concert dans le sud de la France, puis lors d’une tournée en Espagne.
Installé dans tout un bloc d’immeubles de la Place Notre Dame du Mont à Marseille, l’empire Boisselot est à son apogée. Jean-Louis et Louis entreprennent la construction de la “ salle Boisselot ” rue Haxo, qui déménage plus tard à la rue Saint Ferréol. La production atteint 400 pianos par an, dont beaucoup sont destinés à l’exportation vers les colonies, l’Italie et l’Espagne, l’Egypte et l’empire Ottoman.
Jean-Louis Boisselot décède en 1847, à son retour de Paris où il a vu triompher l’opérette de son fils Xavier au théâtre de l’Opéra comique. Il lègue l’entreprise à ses deux fils. Pendant le ralentissement économique de 1848, ils fondent une succursale à Barcelone sous la raison sociale “ Boisselot & Cie ”.
Infatigable chercheur, Louis Constantin propose une idée en 1849 : remplacer les trois cordes de l’unisson par une seule corde plate : C’est le planicorde , qu’il brevette.
Mais en 1850, il décède à son tour. L’entreprise est profondément touchée. Xavier devient le directeur de la société en nom collectif “ Boisselot & Fils”. La production continue grâce à Timmermanns, le contremaître des ateliers ; la manufacture s’équipe d’une une chaudière à vapeur de 15 chevaux de force motrice.
En 1860 un brevet pour le mécanisme à ressort répétiteur est déposé, et qui est encore employé de nos jours. En 1862, la société remporte une médaille d’or à l’exposition internationale de Londres.
En 1865 l’usine de Barcelone est détruite par un incendie. la société “ Boisselot & Fils ” est liquidée. C’est Frantz, le neveu, alors âgé de 22 ans qui, avec l’appui de son parrain Frantz Liszt¨ qui va reprendre l’entreprise. Il fonde avec des partenaires “ Boisselot Fils & Cie ”. Les locaux sont transférés rue Notre Dame, dans une vaste usine à vapeur. La production se standardise, mais les pianos de Boisselot sont solides et toujours aussi élégants. Les meubles ont des finitions soignées et les pianos à queue gardent les pieds tournés effilés et le pupitre ajouré, adapté au goût de l’époque. L’exportation reste importante, dans le pourtour méditerranéen et les colonies. La société devient “ Manufacture Marseillaise de pianos Boisselot ” vers 1895.
Xavier décède à Paris en 1893, et Frantz en 1902. En 1915, une nouvelle société la “ Manufacture française de pianos ” reprend la production et s’installe dans un bâtiment moderne sur le Prado avec un partie annexe réservée aux huit machines-outils pour le travail du bois. Elle produit jusqu’en 1938 les pianos Diezer, en reprenant les plans de construction des tous derniers Boisselot.
Première période : Direction Jean-Louis et Louis-Constantin BOISSELOT. 1830-1850
1839 : Brevet du nouveau mécanisme.
Cette platine permet l’extraction individuelle d’un marteau hors du mécanisme. Beaucoup de pianos droits en sont équipés de nos jours.
1844 : Brevet :procédé pour piano à sons soutenus . La pédale tonale actuelle est directement inspirée du système Boisselot.
1850 -1870
Seconde période : 1851-1870 : Direction Xavier Boisselot
1860.Brevet : mécanisme applicable à tous les pianos.
Mécanique à ressort répétiteur (brevetée) – Ce modèle de mécanique est très performant car il rend le toucher plus rapide et précis. Le système a été repris par la suite en modifiant l’emplacement et la forme du ressort.
COPYRIGHT Marie-Brigitte DUVERNOY décembre 2003
¨Archives Départementales des Bouches du Rhône